En 1967, Prisunic tente une expérience un peu folle : mettre d’authentiques œuvres d’art en rayon, comme n’importe quel autre produit.
Il faut dire que depuis les années 50, Prisunic se démarque dans le paysage français. Face à l’essor de la grande distribution, le directeur Jacques Gueden mise sur l’esthétique.

« Le beau au prix du laid »
Il confie la partie confection féminine à la journaliste Denise Fayolle, qui fait entrer le style dans le grand magasin. Elle développe la notion de collections, organise des défilés dans des lieux prestigieux.
Packaging, affiches… Chez Prisunic, tout est conçu avec soin et cohérence. On s’inspire de l’école de graphisme suisse. On s’entoure de Peter Knapp pour la photo ou de Rudi Meyer pour le mobilier de présentation. Rappelez-vous le slogan : « Le beau au prix du laid ».
Des œuvres d’art en rayon
Vers la fin des années 1960, Denise Fayolle obtient l’accord de Jacques Gueden pour lancer une collection d’œuvres d’art. La sélection des artistes est confiée au critique d’art Jacques Putman.
La première édition des Suites Prisunic est présentée en 1967.
Douze estampes sont commandées à six artistes de l’avant-garde : Alechinsky, Matta, Messagier, Lam, Reinhoud et Bram van Velde.
Elles sont conditionnées dans des tubes rigides et accompagnées d’une notice. Elles ont le même format, 65 x 50 cm, et surtout, le même prix, indépendamment de la cote de chaque artiste : 100 francs.
En deux mois, plus de 2 000 exemplaires sont vendus. 24 nouvelles gravures sont éditées en 1968 puis d’autres rejoignent la collection chaque année jusqu’à 1972.
Un nouveau circuit commercial, vraiment ?
La réalité est plus nuancée.
Les Suites Prisunic n’ont été disponibles que dans quelques dizaines de magasins, essentiellement à Paris. Les meilleures ventes sont d’ailleurs enregistrées dans les beaux quartiers.
Vendues en magasin jusqu’en 1969, les Suites Prisunic ne seront ensuite disponibles que sur commande ou à la galerie L’Oeil à Paris. Elles rencontrent un franc succès auprès des particuliers et des galeries étrangères.
Retour, finalement, dans les circuits habituels de l’art…
Rendre la création contemporaine accessible
Les Suites Prisunic n’ont pas révolutionné l’accès à l’art contemporain mais elles ouvrent une voie.
Et d’une certaine manière, elles préfigurent l’ambition que l’enseigne va développer à partir de 1968. Après l’art contemporain, c’est le mobilier et le design qui prendront le relais avec une même idée. Celle de rendre la création contemporaine accessible à grande échelle.



