Formée au Bauhaus, Friedl Dicker-Brandeis a transmis aux enfants du ghetto-camp de Terezín une pédagogie fondée sur la forme, la couleur et l’expression de soi. Avant d’être déportée à Auschwitz, elle laisse derrière elle des milliers de dessins d’enfants, aujourd’hui conservés au Musée juif de Prague.
Dans le ghetto-camp de Terezín, Friedl Dicker-Brandeis demande aux enfants qui suivent ses cours de dessin clandestins de signer leur travail de leur nom.
Elle-même a beaucoup créé, mais signait rarement ses œuvres. Formée au Bauhaus, elle a dessiné des décors, des costumes, des meubles, enseigné le dessin. Son parcours commence auprès de Johannes Itten, dont elle suit l’enseignement à Vienne. Quand celui-ci est appelé en 1919 pour devenir maître au Bauhaus de Weimar, elle le suit et y étudie jusqu’en 1923.

Du Bauhaus à l’enseignement du dessin
Au Bauhaus, Friedl suit le cours préliminaire d’Itten, obligatoire pour tous les étudiants et construit autour de sa théorie personnelle de la couleur et du contraste. Elle travaille la reliure dans l’atelier de Paul Klee. Elle touche aussi au tissage, à la gravure et à la typographie.

Le Bauhaus la reconnaît vite comme une élève exceptionnelle : elle est dispensée d’une partie des frais de scolarité et commence à enseigner aux débutants dès sa première année. Walter Gropius, directeur de l’école, saluera plus tard chez elle “un talent rare, aux multiples facettes, une énergie indestructible”.
À l’occasion d’une foire à Weimar, elle fabrique des marionnettes qui captivent les enfants. Vingt ans avant Terezín, elle sait déjà retenir l’attention des plus jeunes par la forme et la couleur.
Ce qu’elle retient surtout du Bauhaus, c’est une manière de penser l’art comme un outil de développement intérieur. Selon la chercheuse Linney Wix, qui a étudié son enseignement à Terezín, l’influence du Bauhaus et de maîtres comme Johannes Itten, Paul Klee ou Wassily Kandinsky se retrouve dans sa pédagogie. Elle parle à son sujet d’« empathie esthétique » : une approche où l’apprentissage des formes, des couleurs et de la composition permet aussi de donner forme à ce que l’enfant traverse.

Terezín, ghetto-camp et outil de propagande
Friedl est déportée à Terezín en 1942, avec son mari Pavel Brandeis. Les nazis utilisent ce ghetto-camp comme un outil de propagande destiné à dissimuler la réalité de la déportation et de l’extermination. Pour ne pas éveiller les soupçons de la communauté internationale, ils y rassemblent des personnalités juives connues : scientifiques, médecins, juristes, artistes, intellectuels…
Dans ce lieu d’enfermement et de transit, une vie culturelle et éducative s’organise. Près de 15 000 enfants passent par Terezín. Des cours, des activités sportives et artistiques et des spectacles sont mis en place. C’est dans ce cadre que Friedl organise ses cours de dessin.

Les deux valises de Friedl Dicker-Brandeis
Elle apprend aux enfants à construire une image et surtout, elle leur demande de signer leur dessin de leur nom « pour ne pas être un numéro ».
En octobre 1944, elle part pour Auschwitz avec 36 de ses élèves. Elle dissimule deux valises remplies de plus de 4 500 dessins d’enfants.
Friedl Dicker-Brandeis y est assassinée quelques jours plus tard. Elle a 46 ans.
Les dessins seront retrouvés après la guerre. Ils sont conservés au Musée juif de Prague, tout comme les dernières œuvres de Friedl, qui n’a jamais cessé de créer.




