Après Terence Conran, Prisunic continue d’inviter des designers à imaginer ses collections avec une équation simple mais exigeante : concevoir un mobilier contemporain accessible au plus grand nombre, et donc compatible avec les contraintes de la fabrication industrielle.

Olivier Mourgue prend le relais
En 1969, Olivier Mourgue prend le relais. Il est loin d’être un inconnu, ses fauteuils Djinn, édités par Airborne ont même conquis le grand écran dans “2001, l’Odyssée de l’espace”. Il se laisse séduire par l’idée de dessiner “du beau au prix du laid”.
Comme Conran avant lui, Mourgue conçoit un ensemble complet. Un lit, une table, une bibliothèque et un tapis-siège particulièrement avant-gardiste, qui n’aura finalement pas le succès escompté.

Le flair de Denise Fayolle
Par la suite, Prisunic ne commande plus seulement des collections entières mais repère aussi des pièces. Et derrière plusieurs de ces choix, on retrouve une figure décisive, Denise Fayolle.
Car même après avoir quitté son poste de directrice de la création chez Prisunic (pour fonder l’agence Mafia avec Maïmé Arnodin), Denise Fayolle continue d’exercer son flair. C’est elle qui met Prisu en relation avec Marc Held, pour son fameux lit en fibre de polyester.

Odile Mir, Gae Aulenti et les autres
L’histoire d’Odile Mir est, elle aussi, très révélatrice. Designer et sculptrice installée dans le Sud-Ouest, Odile Mir travaille alors avec l’entreprise Delmas… grâce à une mise en relation de Denise Fayolle.
L’un de ses fauteuils, qui n’avait pas vraiment convaincu en interne, reste exposé dans un hall. Des acheteurs de Prisunic en visite dans l’usine le remarquent : ce sera la chauffeuse d’angle « Fil ».

Quant à Gae Aulenti, c’est Janine Roszé, styliste chez Prisunic et grande admiratrice, qui a eu l’idée de la solliciter pour la création d’un ensemble de salle à manger.
Au fil des catalogues, on retrouve des modules en mousse de Jean-Pierre Garrault ou encore un fauteuil de Pierre Guariche.

Un terrain d’expérimentation pour le design
La présence de toutes ces signatures montre bien que Prisunic a été un vrai terrain d’expérimentation pour le design pensé à l’échelle de la grande diffusion. Par exemple, la table à tréteaux de Jean-Claude Muller a été vendue à 25 000 exemplaires pour 233 francs.

La contrainte de prix n’a pas empêché le design mais cette aventure doit aussi beaucoup au flair de celles et ceux qui ont su repérer les bons créateurs et les bonnes pièces, parfois avant tout le monde.
Quand Knoll édite le siège Culbuto de Marc Held en 1970, L’Express titre d’ailleurs : « un designer qui peut asseoir les riches et faire dormir confortablement les autres ».




