Pourquoi Panton voulait taxer la peinture blanche

« Le monde serait plus beau sans le blanc. Il devrait y avoir une taxe sur la peinture blanche ».
On réduit souvent le designer Verner Panton à une esthétique pop et joyeuse. En réalité, il abordait la couleur avec une approche quasi scientifique.

Très tôt, Panton s’intéresse à la perception et mène brièvement des recherches en psychologie. Selon lui, le cerveau réagit à la couleur sur deux plans : le néocortex, qui analyse, et le système limbique, qui ressent. Sa conviction étant que le design moderne cherche trop souvent à plaire au premier et pas assez à toucher le second.

Notes on Colour : la couleur n’est pas un pari décoratif

La couleur est un sujet qui a traversé toute sa carrière. En 1997, un an avant sa mort, il consacre même un court ouvrage au sujet : Notes on Colour.
Au fil des pages, il insiste sur le fait que la couleur n’est pas un simple pari décoratif. Elle agit sur notre perception, nos humeurs et notre attention. Panton affirme d’ailleurs « On s’assoit plus confortablement sur une couleur que l’on aime ».

Le “goût” comme apprentissage du neutre

Il va plus loin en pointant ce qu’il appelle une erreur collective : “À la maternelle, on apprend à aimer et à utiliser les couleurs. Plus tard, à l’école et dans la vie, on apprend quelque chose qu’on appelle le goût. Pour la plupart des gens, cela signifie limiter l’usage des couleurs.”
Autrement dit… On apprend à se retenir et à préférer le neutre pour éviter toute prise de risque.

Pour Panton, il ne s’agit pas de simplement mettre de la couleur partout mais de l’utiliser comme un outil de conception : un moyen d’orienter l’expérience et l’usage.

Visiona II : la création d’une ambiance chromatique

Parmi les projets les plus révélateurs de son approche : l’installation Visiona II en 1970. Panton met en scène des environnements monochromes, des dégradés, des volumes enveloppants. Le visiteur entre dans une ambiance chromatique, où la couleur modifie la perception des distances et influence la manière dont le corps se déplace.

L’exposition Light and Colour, comme une synthèse de son travail

L’exposition Light and Colour, présentée au Trapholt Museum, au Danemark, quelques jours après sa disparition, agit comme une synthèse de l’ensemble de son œuvre.
Huit espaces monochromes se succèdent, dans un effet de tunnel presque infini. Le corps traverse des sensations de chaleur, de fraîcheur et de densité. La couleur devient matière première, Panton la fait véritablement ressentir.

La “taxe sur le blanc”, pour Panton, c’est une phrase provocatrice qui vient rappeler que le neutre rassure… mais qu’il anesthésie l’expérience.