Verner Panton écrivait-il du code sans ordinateur en 1960 ?

Souvent raconté par ses icônes en plastique et ses intérieurs saturés, Panton est rarement abordé à travers son travail textile. Pourtant, c’est un excellent angle pour comprendre comment il pensait l’espace.

Quand je dis “code”, c’est une image. Je ne parle pas d’informatique, mais de règles de composition. Panton part de formes très simples : un cercle, un carré, une répétition. Puis il fait varier quelques paramètres : la taille, la couleur, l’écart entre les formes. Une fois le motif déployé à grande échelle, il génère un effet dans l’espace.

La naissance de son motif Geometri

En 1960, Verner Panton reçoit une commande pour l’hôtel-restaurant Astoria, à Trondheim, en Norvège. Il doit repenser l’entrée, deux salles de restaurant et un espace en libre-service. Comment relier ces différents espaces sans enfermer chacun dans une ambiance ?

Panton choisit le motif. Il conçoit “Geometri” : un ensemble de cercles et de carrés, organisés avec des proportions variées et déclinés en plusieurs couleurs sur du tissu. Puis il déploie ce vocabulaire partout, du sol au plafond, en passant par les murs.

Le motif est décliné du sol au plafond.

À l’échelle d’un échantillon, ça peut paraître presque banal. Mais à l’échelle d’une salle entière, quelque chose se produit : l’œil n’observe plus un motif, il suit un rythme. Le décor organise la façon dont on se déplace et dont on lit la pièce.

Le motif Geometri

Des motifs qui fonctionnent comme un langage

Ce qui rend l’approche intéressante, c’est sa logique de système. Les motifs de Panton reposent sur quelques choix simples : taille d’une forme, distance entre les répétitions, épaisseur d’un trait, contraste entre figure et fond, palette de couleurs… En faisant varier ces éléments, il peut créer des séries cohérentes et utiliser le même langage sur plusieurs supports : tissu, moquette, rideaux, revêtements muraux. Aujourd’hui, on parlerait volontiers de design system.

L’influence de l’Op Art

C’est aussi pour ça qu’on rapproche souvent son travail de l’Op Art : ce courant des années 60 qui utilise formes géométriques et contrastes pour créer des illusions de mouvement. Des artistes comme Vasarely ou Bridget Riley répètent des motifs, jouent sur le noir et blanc ou les couleurs pour faire vibrer l’oeil.

Le travail de Bridget Riley

Et chez Panton, la logique est presque algorithmique : quelques règles très simples qui, répétées, finissent par créer une ambiance.