On connaît ses fauteuils et ses lampes colorées, moins ses architectures d’intérieur. Pourtant, Verner Panton a marqué la discipline à travers des projets audacieux et radicaux.

Verner Panton voulait être artiste mais son père l’oriente vers l’architecture, un métier qu’il juge plus sérieux. Fraîchement diplômé, après un passage dans l’atelier d’Arne Jacobsen, Panton signe son premier projet d’intérieur : l’auberge Kom-Igen, exploitée par… son père.
Déjà, il introduit des variations de rouge et des formes audacieuses. C’est d’ailleurs pour ce projet qu’il imaginera sa fameuse Cone Chair.
En 1969, il reçoit une commande du magazine d’investigation Der Spiegel
Lorsque l’hebdomadaire emménage dans son nouveau siège, Panton est chargé de concevoir les aménagements intérieurs : l’entrée, la cantine, des salles de rédaction et même une piscine, située au sous-sol.
Il conçoit l’espace avec une approche totale et enveloppante : plafonds à caissons, lampes, textiles, revêtements muraux… Seuls les meubles sont commandés chez Knoll, conformément aux contrats.

La cantine Der Spiegel : une oeuvre conservée
Dans la cantine, les murs sont couverts de cercles lumineux. Ces appliques, conçues spécialement pour le lieu, sont d’ailleurs toujours éditées sous le nom de Spiegel. Au plafond, on reconnaît la suspension Flowerpot, si populaire aujourd’hui.

L’éclairage miroir joue un rôle fondamental en créant des jeux de reflets et modifiant la perception. Petit point de vocabulaire qui n’est pas un détail ici… En allemand, Der Spiegel signifie « le miroir ».
Au sous-sol, une piscine réservée aux employés. Les motifs se reflètent sur l’eau et là encore, les couleurs sont immersives. L’usage de la couleur est un thème central chez Panton, abordé du point de vue sensoriel, bien au-delà du choix décoratif.

À l’époque, le projet semble trop audacieux pour une institution réputée sérieuse. On en parle comme de « l’aménagement de bureau le plus radical que la République ait vu jusqu’alors ». Cette esthétique finira pourtant par façonner l’identité du Spiegel.
La piscine disparaîtra après un incendie dans les années 80. L’entrée et le hall seront remaniés dans les années 1990. Lorsque Der Spiegel déménage en 2011, la cantine est transférée au Musée des Arts décoratifs et du Design de Hambourg. Le snack-bar rejoint, lui, le nouveau bâtiment du magazine, il reste visible et éclairé la nuit.




